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Aimer est un acte anti-capitaliste (que vous le vouliez ou non)

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Un homme est affalé devant nous. Il s'appelle Dave.

Crâne rasé, torse nu, peau recouverte de tatouages un peu dégueux. Il boit du whisky en fumant clope sur clope. Il parle d’amour, par moments s'effondre en pleurs, de vraies larmes épaisses qui roulent sur ses joues, et il se met à chanter du Bach, ou du Randy Newman avec une voix de crooner sous Lexomil. Il re-fume une clope, prend une grande respiration, re-pleure.

L'image est d’une définition maladive, presque gonzo* : on voit la sueur perler sur sa peau moite, la texture de chaque pore, les petits vaisseaux sanguins éclatés dans le blanc de ses yeux.

Sauf que…

Dave “n'existe” pas

(… tout est relatif).

C'est un avatar, une création de synthèse (CGI) générée par l'artiste britannique Ed Atkins pour son installation vidéo Ribbons en 2014. Dave n’est ni plus ni moins qu’un amas de pixels et de données algorithmiques. L'œuvre est puissante, troublante par l'hyperréalisme clinique des textures : la peau, les poils, la fumée de cigarette, et surtout les fluides (salive, sang, alcool). 

En termes d’effet uncanny valley*, là on est sur une masterclass, mais ce n'est pas le sujet.

J'aurais bien aimé vous montre l'œuvre mais c'est installation vidéo synchronisée sur trois canaux dont la diffusion complète de la pièce est strictement contrôlée par l'artiste et ses représentants. Bref en français : c'est pas dispo en entier sur internet donc il va falloir me croire sur parole.
Petit tips d'analyse de l'œuvre:
En utilisant ces codes agressifs de la bande-annonce: une forme esthétique dont l'unique but et de capter l'attention, de générer de l'attente et de vendre un produit à venir. Atkins met en évidence la façon dont notre époque tend à transformer n'importe quelle expérience intime — même la dépression, la solitude ou le dégoût de soi — en "contenu" consommable et monétisable.

Dave transpire la souffrance, il a désespérément besoin d'amour, il crève l'écran de sa vulnérabilité, mais c’est juste un avatar,

une coquille vide performant une mélancolie très humaine qu’il est fondamentalement incapable de ressentir.

Vous n’avez pas envie d’être Dave ? Je vous comprends ; moi non plus.

Pourtant Dave, c'est le partenaire idéal du capitalisme émotionnel. Parce qu'avec ses pleurs, ses mots, son ivresse, Dave se déguise en humain. Il mime des émotions mais ne les ressent pas dans sa chair. Il pleure, il aime, il souffre mais sans jamais sortir du cadre qui lui est imposé, sans que ça déborde. Juste assez pour rester fonctionnel, pour continuer de faire ce qu’on attend de lui 

(ici par exemple, un objet étonnamment cathartique*).

Le capitalisme ne veut pas qu’on s’aime. En tout cas pas trop. 

Parce que relationner, "aimer vraiment", c’est accepter l'inefficacité.

Il ne veut pas de l'amour de la vraie vie avec ses frictions et ses risques. Il veut celui des films, surtout pas celui qui sort des clous. Surtout pas celui qui naît d’une vraie rencontre avec l’Autre, celui qui change de forme, celui qui n’est ni romantique, ni amical et qui est parfois les deux en même temps. Celui qui par définition est humain donc imparfait et informe.

Le capitalisme repose sur l'optimisation, la réduction des coûts et le retour sur investissement rapide. Et on a sournoisement intégré ce logiciel dans nos relations.

On veut les bénéfices de l'amour (l'affection, la validation, le sexe) sans en payer le coût structurel (l'engagement, le temps, le compromis, la responsabilité affective).

En gros : « aimez-vous mais restez fonctionnels, que ça ne devienne pas une priorité qui passe avant le travail et le confort surtout. Aimez-vous mais continuez de produire des richesses et de consommer, idéalement fondez une famille et contractez un prêt sur 30 ans. »
Portrait de Dave à travers une bouteille : Ed Atkins: Ribbons (fuck my life) 2014.

Relationner avec sincérité, c'est littéralement saboter la machine individualiste.

C’est accepter qu'une relation prenne du temps, qu'elle ne soit pas toujours rentable émotionnellement. C'est aussi admettre que l'on est responsable de ce que l'on réveille chez l'autre....Le capitalisme préfère la version CGI.

La société néolibérale de l'auto-optimisation nous a rendus profondément narcissiques.

On ne cherche plus "l'Autre" (qui par définition nous bouscule, nous dérange, nous remet en question), on cherche à être validé en préservant sa "paix personnelle" et en payant le moins cher possible.

La situationship, c'est exactement ça :

une relation désincarnée où l'on performe l'intimité sans jamais risquer sa propre viande. L'équivalent de la bière sans alcool, ou du Coca Zéro.

Comme le souligne la sociologue Eva Illouz, le marché capitaliste a colonisé notre intimité. On applique désormais les règles d'une logique boursière spéculative à nos cœurs.

Nous devenons des consommateurs d'émotions "sans risque" et nous nous assurons qu'à la fin, on s'en tire avec un minimum de dégâts, pour rester productifs et présentables.

Le ghosting n’est d’ailleurs rien d’autre qu’un calcul de rentabilité.

On se dit : « Expliquer pourquoi je pars va me coûter trop d'énergie, l'investissement n'en vaut pas la peine, donc je coupe les pertes. » On se transforme en Carlos Ghosn des sentiments, on veut tout optimiser. Sauf que, refuser la friction, refuser que l'autre ait un impact sur nous pour garder le contrôle, ce n'est pas de la maturité. C'est juste de la gestion de portefeuille appliquée aux sentiments. À vouloir optimiser notre « paix intérieure »

et à fuir le moindre inconfort, on a fini par muter, et si on ne se bat pas, on finit par devenir Dave : des coquilles vides.

Je pense qu'aujourd'hui, chaque interaction avec les autres, chaque connexion créée, nous rend responsables du prix à payer pour cela : l'honnêteté et le fait de reconnaître l’autre comme notre pair et d’en prendre un minimum soin. 

Levinas appelait ça l'éthique relationnelle*.

Bien sûr, personne ne vous mettra le couteau sous la gorge pour payer ce prix, libre à vous d’optimiser les coûts, de ne rien payer. C’est comme un tourniquet de métro cassé, passez sans payer si vous voulez, personne ne vous courra après. Sauf que là, ce n’est pas une grosse entreprise cotée en bourse (qui fait payer des pass Navigo 90 € pour un service qui marche 1 fois sur 3) que vous êtes en train de niquer.

 (Du coup c’est un peu moins stylé, quoi…)

Je ne suis pas en train de dire que l'autre doit devenir une priorité absolue, au point de se sacrifier sur l'autel du martyre amoureux. Pas besoin d’être aussi théâtral,

mais quitte à rester dans un système de pensée mathématique et rationnel comme le capitalisme, faisons les comptes correctement.

Souvent, dire quelque chose d'inconfortable mais nécessaire, s'empêcher de faire une action qui pourrait heurter, ça nous coûte infiniment moins cher en effort que le prix exorbitant que ça aurait coûté à l'autre.

Ce n'est pas si compliqué de tej quelqu’un dont on sait qu’on ne pourra/voudra jamais répondre aux besoins, et c’est encore moins compliqué de le faire en disant juste la vérité. Ironiquement, le moins coûteux pour tout le monde sur le long terme, c'est souvent d'être honnête.

Zygmunt Bauman, un sociologue polonais, a théorisé que notre passage à la modernité a tout liquéfié. En gros, il explique que dans notre société consumériste, les liens humains sont devenus aussi jetables que des objets. On veut l'avantage de la connexion sans le fardeau de l'engagement. L'avantage d'une connexion, c'est qu'elle fonctionne avec une clause de rétractation permanente : on peut se "déconnecter" à la seconde où l'inconfort pointe le bout de son nez. C’est plus rentable, quoi.

Aimer, relationner vraiment, c’est un acte profondément anticapitaliste, que vous le vouliez ou non.

‍

C’est choisir la friction plutôt que la fuite. C'est accepter d'avoir une peau poreuse, admettre que la relation peut parfois exiger de l'explication, de la sueur, du courage et de la présence.

C’est la seule façon de ne pas finir comme Dave. Personne ne vous oblige à finir comme Dave, personne ne vous oblige à boire de la bière sans alcool (en plus c’est pas très bon).

‍

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23/5/2026
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